En colère contre la lenteur de la justice française à juger des affaires liées au génocide de 1994, le Rwanda vient de refouler deux de ses enquêteurs, a annoncé hier à Arusha le procureur général rwandais Martin Ngoga.

http://www.5cense.com/Africa/pics/05_Kigali_by_air.jpgLa France s'est vue confier, il y a plus de quatre ans, les dossiers de deux personnalités inculpées par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Mais à Paris, l'instruction reste en cours.

Interrogé jeudi dans ses bureaux sur l'avancement des dossiers de l'abbé Wenceslas Munyeshyaka et de l'ancien préfet Laurent Bucyibaruta, remis à la France fin 2007, le procureur du TPIR Hassan Bubacar Jallow en impute la lenteur au système judiciaire français. "Il s'agit d'un système de droit civil, ce qui pourrait expliquer en partie pourquoi cela prend du temps". "Je sais que les deux affaires sont devant un juge d'instruction, qui s'en occupe. Nous continuerons à presser les autorités françaises pour que ces affaires se terminent rapidement", a poursuivi le magistrat gambien. Est-il prêt à demander l'annulation des décisions de transfert si la lenteur persiste ? "Je ne peux pas faire de commentaire là-dessus", a-t-il répondu avec un sourire diplomatique.

En visite hier à Arusha, Martin Ngoga était venu se faire remettre le dossier de Fulgence Kayishema, un ex-inspecteur de police judiciaire qui se cacherait en République démocratique du Congo (RDC). Saisissant l'occasion, le magistrat rwandais a longuement vilipendé la France où, selon lui, 18 autres suspects ont été arrêtés et remis en liberté. D'ailleurs, a-t-il révélé, le Rwanda, qui en a ras le bol des discours, est passé la semaine dernière aux actes. Une équipe d'enquêteurs français venue pour sa 35e mission a été refoulée.


"Retournez chez vous"

« Nous leur avons dit, retournez chez vous, jusqu'à ce que vous soyez prêts à faire le travail, à faire du travail sérieux, alors nous serons prêts à travailler avec vous », a expliqué Ngoga à la presse. Et de commenter le message adressé à la France : "Si vous n'êtes pas prêts pour ces affaires, vous pourriez suspendre vos enquêtes, ne continuez pas à nous faire perdre notre temps, ne continuez pas à effectuer des visites innombrables au Rwanda sans résultats". "La France nous a très déçus avec la façon dont elle traite les affaires liées au génocide", s'est-il indigné avant de menacer : "Je pense que si la France ne change pas sa façon de traiter les affaires liées au génocide, nous (le parquet général du Rwanda) devrons revoir nos relations de travail avec eux."


"Excuses simplistes"

Le responsable rwandais a affirmé que son pays ne pouvait plus se contenter "des excuses simplistes" selon lesquelles le tribunal de grande instance de Paris manque de moyens pour mener à bon port des affaires de génocide. Il a enfin souligné que, selon lui, la France est de tous les pays européens celui qui a envoyé le plus de missions rogatoires au Rwanda en rapport avec le génocide des Tutsis de 1994. Et rappelé que plusieurs procès de génocide ont eu lieu en Belgique et aux Pays-Bas, mais aucun en France.

Cette gifle rwandaise est la deuxième depuis le début de l'année. En février, le gouvernement rwandais a refusé de recevoir les lettres de créance d'Hélène Le Gal, nommée nouvel ambassadeur de France à Kigali en remplacement de Laurent Contini. Arrivé dans la capitale rwandaise après la période de rupture diplomatique de 2006 à 2009, ce dernier avait poursuivi, cahin-caha, une politique d'apaisement initiée par le président Sarkozy.

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