Une initiative pour débarrasser la ville de ses déchets plastiques, débouche sur le recyclage et la fabrication de 8.000 poubelles en plastiques remises à la mairie de Ouagadougou pour assainir la capitale du Burkina Faso. 

http://blog.imslux.lu/wp-content/uploads/2011/08/ghana_2009_142imp.jpg"Ces poubelles qui sont issues de polluants vont contribuer à assainir la ville, à sensibiliser l'opinion publique sur la valorisation des déchets plastiques et seront distribuées dans des écoles..., formations sanitaires et maternités", confie à IPS, Sidi Mahamadou Cissé, directeur de la propreté de la ville de Ouagadougou. 

Les déchets plastiques, qui ont servi à fabriquer les 8.000 poubelles, ont été transformés en granulés grâce à une unité installée en 2001 par une organisation non gouvernementale (ONG) italienne -- l'Association internationale des volontaires laïcs (LVIA) -- et restituée à la mairie de Ouagadougou en 2006. 

"C'est notre façon de contribuer à la préservation de l'environnement et à l'amélioration du cadre de vie en collectant et en valorisant les déchets plastiques", ajoute Cissé. 

Selon les services d'hygiène de Ouagadougou, 300.000 tonnes d'ordures ménagères et assimilées sont générées annuellement dans la ville, dont 16.000 tonnes de déchets plastiques. 

"Il y a dans l'environnement des tonnes de déchets plastiques qui sont brûlées ou éparpillées et qui menacent l'homme, les animaux et l'agriculture", explique Emile Ouédraogo, coordonnateur du volet environnement à LVIA au Burkina Faso. 

"Si une partie de ces plastiques n'est pas valorisée, dans quelques années, toute la ville et son environnement seront envahis", estime Cissé. Selon lui, le recyclage des déchets plastiques contribue à assainir l'environnement et à améliorer le cadre de vie des populations. 

Les déchets plastiques constitués de sachets noirs et blancs, de polypropylène (le plastique dur, les anciens seaux, bouilloires, bassines), sont collectés auprès des populations à 50 francs CFA (environ 0,11 dollar) le kilogramme. La collecte est confiée à des femmes qui doivent fournir 150 à 170 kg de déchets par mois. 

Selon Ouédraogo, LVIA ouvrira des points de stockage cette année dans la capitale pour ne pas décourager les collecteurs qui parcourent plus de 15 kilomètres entre certains points de la ville et le centre de valorisation. 

"L'idée est de développer des initiatives porteuses avec le centre comme point de départ pour la protection de l'environnement", indique Ouédraogo à IPS. 

Au Burkina Faso, les déchets plastiques qui envahissent les champs, empêchent l'eau de s'infiltrer dans le sol, même quand il pleut abondamment, limitant la productivité des agriculteurs, selon des spécialistes de l'environnement. 

"Tous les sachets imperméabilisent le sol et empêchent l'eau de s'infiltrer", explique Tidiane Zougouri, directeur du Laboratoire national de l'environnement du Burkina. 

LVIA qui intervient dans une dizaine de pays africains dont le Sénégal, le Mali où il tente une expérience de gestion des déchets plastiques, solides et liquides, a investi 150.000 dollars dans la construction du centre de valorisation et de traitement de Ouagadougou. 

Les différents centres de valorisation et de traitement des déchets, construits dans divers pays, serviront de lieux d'éducation et de sensibilisation des populations sur l'impact des déchets plastiques sur l'environnement, souligne Ouédraogo. 

A terme, un marché régional du plastique, basé uniquement sur les granulés issus de déchets plastiques, devrait voir le jour en impliquant les populations qui y gagneraient leur compte, envisage-t-il. 

Selon Ouédraogo, des négociations avec le Programme de Nations Unies pour le développement (PNUD) sont en cours pour une maîtrise du marché sous-régional où les granulés seront utilisés pour la fabrication de moustiquaires et d'autres objets comme des planches, des armoires et des meubles. 

Des granulés de déchets plastiques du centre de valorisation de Ouagadougou sont déjà vendus aux industries de plastique au Niger -- pays voisin du Burkina -- et des responsables de LVIA annoncent qu'ils pourraient bientôt fournir des sachets d'emballages à partir de déchets recyclés. 

"L'idée est de créer un système viable de marché sous-régional du plastique recyclé utilisable par les usines de plastique et les artisans pour la fabrication d'objets", indique Ouédraogo. 

Selon le scénario, les populations collecteront des déchets plastiques qui seront achetés avant d'être envoyés au centre de valorisation où les populations locales seront chargées des activités de lavage et de broyage. 

Ainsi, affirme Ouédraogo, "les populations qui y (le centre) travaillent vont contribuer à débarrasser l'environnement de ces objets polluants et y gagner leur vie quotidienne". 

Au Burkina Faso, le kilogramme de déchet plastique est acheté entre 30 et 100 FCFA (entre 0,07 et 0,23 dollar environ) le kilogramme et certains sachets plastiques sont rachetés par une société de fabrique de sachets de la place. 

La création du centre de valorisation des déchets plastiques de LVIA a précédé l'élaboration, par l'Etat burkinabé, d'une première stratégie de gestion des déchets plastiques qui verra le jour cette année, selon Zougouri. 

L'Etat injectera une centaine de millions de francs CFA (environ 238.000 dollars) pour le démarrage des activités de mise en œuvre de la stratégie à travers la création de deux centres de collecte, de stockage et de recyclage des déchets plastiques à Ouagadougou. 

"Nous avons attendu longtemps avant d'agir alors que la production de déchets est très importante au Burkina Faso", regrette Zougouri. 

"Les déchets colorés sont fabriqués avec des substances de recyclage de résidus agricoles qui sont toxiques et qui ne sont même pas utilisées dans les pays développés en raison des risques de cancer liés à leur utilisation comme des contenants". Du mercure et du vernis sont même utilisés dans ces emballages, ajoute-t-il. 

Dans la province du Séno, dans le nord du Burkina, 30 pour cent de la mort du cheptel est dû à l'indigestion des sachets plastiques -- avalés par les animaux -- qui ne sont pas biodégradables et constituent un véritable poison pour les bêtes, explique Zougouri à IPS. 

Zougouri met en garde contre la toxicité des déchets plastiques, soulignant que les artisans ont besoin d'être épaulés car sans équipements adéquats, ils s'exposent à la pollution de ses déchets. "Il faut des mesures d'accompagnement sinon, il y aura une autre problématique", avertit-il. 

Pour protéger les personnes travaillant avec les déchets plastiques, une unité de densification, qui coûte plus de 200 millions de francs CFA (environ 476.190 dollars), est prévue pour permettre le traitement industriel des déchets, selon LVIA. 

"Il faut des financements pour avoir cette technologie. C'est la preuve que non seulement ils (les déchets) polluent, mais encore leur traitement coûte cher", ajoute Ouédraogo. (FIN/2008) 

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