Alors que la Fête de la bière bat son plein à Munich, les grands brasseurs mondiaux, emportés dans une valse de fusions-acquisitions, continuent à sortirleurs carnets de chèque. Avec un objectif : accroître leur présence dans les pays émergents, zones à forte croissance.

 

http://voyages.ideoz.fr/wp-content/uploads/2010/09/Oktoberfest.jpgDernière opération en date, celle d'Heineken, prêt à tout pour maintenir son implantation asiatique. Le groupe néerlandais, numéro trois mondial de la bière, devrait débourser 4,27 milliards d'euros pour s'emparer de la marque asiatique Tiger.

Cette opération porterait le montant total des fusions-acquisitions dans le secteur de la bière à près de 35 milliards de dollars (27 milliards d'euros) depuis le début 2012, selon les données compilées par l'agence Bloomberg.


 ADDITION LOURDE

Heineken détenait jusqu'ici 40 % du capital du brasseur singapourien Asia PacificBreweries (APB), qui produit la Tiger. Il a fait une offre à son partenaire local Fraser and Neave (F & N) pour acquérir les 40 % que celui-ci possédait. Coût : 5,6 milliards de dollars singapouriens (3,5 milliards d'euros).

Les actionnaires de F & N devaient se réunir en assemblée générale, vendredi 28 septembre, et donner le feu vert à cette transaction.

Heineken a aussi bouclé mardi le rachat de 8,6 % du capital d'APB auprès d'une autre société, Kindest Place, pour 740 millions d'euros. Il devrait donc contrôler, à terme, le brasseur de la Tiger à plus de 90 %.

L'affaire n'a pas été simple pour Heineken – elle a demandé deux mois de négociations – et l'addition est lourde. Mais le prix payé et l'acharnement de l'entreprise à ne pas lâcher sa proie prouvent à quel point il était stratégique pour Heineken de maintenir cette tête de pont en Asie.

Les grands noms de la bière sont engagés depuis quelques années dans une bataille sans merci. L'enjeu : une course à la taille et au développementinternational.

En juillet, le leader du secteur, le groupe belgo-brésilien AB InBev, s'est offert la moitié du capital du brasseur mexicain de la Corona pour 20,1 milliards de dollars (15,9 milliards d'euros). La plus grosse opération de l'année.

La bière est – et de loin – la boisson alcoolisée la plus consommée dans le monde, avec 190 milliards de litres absorbés en 2011. Ce marché poursuit sa consolidation. Selon le cabinet Euromonitor, les quatre géants mondiaux (AB InBev, SabMiller, Heineken et Carlsberg) brassent "seulement" 40 % de la bière produite sur la planète, dont 18 % pour le leader.

PROGRESSION EN ASIE

En multipliant les acquisitions, les grands groupes souhaitent développer leur présence dans les pays émergents, marchés offrant de fortes croissances. Pour Euromonitor, la plus forte progression viendra de l'Asie où la consommationdevrait atteindre 84,5 milliards de litres en 2016, contre 66,9 milliards en 2011.

A l'inverse, la consommation s'érode en Europe – au premier semestre, Heineken a vu, en Europe de l'Ouest, ses volumes de vente baisser de 2,9 %.

Les grands groupes sont particulièrement pressés d'avoir la mainmise sur des filiales qu'ils ne contrôlent pas encore totalement. De crainte de voir leur proie leur échapper. D'où la riposte d'Heineken à l'attaque du milliardaire thaïlandais sur le brasseur singapourien dont il était actionnaire depuis quatre-vingts ans. Le hollandais avait vu lui échapper, au printemps, le brasseur dominicain Cerveceria Nacional Dominicana dont il possédait une part minoritaire. AB InBev avait emporté la mise.

Par ces acquisitions, les brasseurs souhaitent aussi étoffer leur portefeuille de marques. Heineken, qui possède Tecate, Dos Equis ou Sol au Mexique, s'offre avec Tiger une carte maîtresse en Asie. Quand à AB InBev, qui se targue de posséder Budweiser, Stella, Leffe ou Hoegaarden, il a pu ajouter la célèbre Corona à sa liste.

Les grands groupes ont la puissance marketing d'internationaliser des marques locales et de séduire de nouveaux consommateurs. Cette course aux marques est d'autant plus cruciale qu'elle conditionne les marges juteuses des brasseurs.

Or, aujourd'hui, avec la hausse des matières premières, les vendeurs de bière augmentent les prix. De quoi faire grincer des dents les buveurs bavarois.

 

Source: Le Monde

 

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