Il y a quelques jours un ami et moi avions émis l’idée de rentrer au Congo pour ypasser les fêtes de fin d’année. Il était donc chargé de faire le tour des sites de voyage et des compagnies aériennes pour trouver les billets les moins chers. Consternation, sacrilège ! Pour partir en vacances au Congo en décembre - et si nous prenons nos billets d’avion maintenant - il faut compter au bas mot 1.300 euros minimum et les prix peuvent grimper jusqu’à 3.000 euros. (Article by Leonora Henry - Tropics Magazine France)


http://a3.sphotos.ak.fbcdn.net/hphotos-ak-snc3/29270_125513030795586_122980251048864_329932_1952111_n.jpg

 

J’ai fait un test il y a deux jours sur le site internet d’Air France. En partantle 5 décembre et en revenant à Paris le 19 décembre, un billet pour Brazzaville me coûterait 1.300 euros minimum contre 650 euros pour Doha, 700 euros pour Fort de France en Martinique, 780 euros pour New York, 900 euros pour Pékin et 1.000 euros pour un voyage à Montréal. Pour certaine destination, on peut donc payer de 20% à 50% moins cher. Ces prix ne peuvent être payé que par des Africains qui n’ont pas d’autre choix si ils souhaitent rentrer chez eux pour rendre visite à leur famille.

 

http://www.lavoixdunord.fr/stories/image460x00/mediastore/VDN/France_Monde/A2010/M05/_100510-air-france2.jpgLa question est de savoir pourquoi les africains, principalement ceux d’Afrique noire, qui souhaitent rentrer au pays doivent-ils payer souvent deux fois plus cher que n’importe quel autre citoyen du monde ?


L’Afrique « blanche », à savoir les pays du Maghreb, bénéficie de leur proximité avec la méditerranée, donc l’Europe et a réussi à développer leur secteur touristique. Cette zone est devenue en quelques années, un lieu touristique pour certains européens qui ne veulent aller en vacances au soleil à petit prix. La preuve, lors des révolutions arabes beaucoup ont lancé, en France, un appel à la solidarité encourageant les français à rapidement repartir en vacances dans ces pays pour soutenir l’économie et le tourisme. Je n’ai pas entendu le même son de cloche une fois la guerre en Côte d’Ivoire terminée.

 

http://www.piscines-caron.com/ml/images/content/piscines/piscines_hors_sol/__piscineHorsSol12_500.jpgPour expliquer ces prix très souvent ahurissants, deux principales raisons sont avancées. La première étant le manque de rentabilité de certaines lignes. Je dirai Foutaise car si cela était vraiment le cas, Air France aurait d’ores et déjà supprimé ces lignes depuis longtemps. Quelle entreprise aurait intérêt à conserver une activité qui ne lui rapporterait rien? Je pense même que vu le taux de remplissage de ces vols, Air France fait d’énormes plus values sur notre dos.

La seconde raison serait que l’Afrique « noire » ne serait pas assez touristique pour attirer les touristes étrangers, ce qui expliquerait ces prix. Et oui, cette raison m’a déjà été avancéelors d’une discussion entre amis. Ai-je vraiment besoin d’expliquer pourquoi elle tient encore moins la route que la précédente ? Comment une zone, un pays peut-il devenir touristique si le touriste lambda ne peut même pas s’offrir les billets d’avion ? Qui a envie de payer un billet d’avion à 1.300 euros, sans compter le budget hôtel, déplacement et nourriture sur place, pour un voyage dont la note peut rapidement s’élevée à 3.000 euros ? Pour deux semaines de vacances, ça fait très cher surtout lorsque l’on peut se payer des vacances pour deux personnes dans une zone du monde à moitié prix. Même moi dans ce cas j’irai ailleurs.

 

Que font donc les chefs d’état Africains qui ont laissé un quasi monopole insultant à Air France sur toutes les destinations en Afrique francophone ?


Et bien ce sont justement ces chefs d’état qui sont la cause de notre malheur. En effet si nous autres africains francophones nous nous retrouvons dans cette situation, nous ne pouvons que nous blâmer et blâmer nos chefs d’état. Dans les années 60’, onze pays d’Afrique francophone, ont décidé de lancer une compagnie aérienne africaine. Parmi les pays fondateurs, on compte le Cameroun, la République Centrafricaine, le Congo, le Bénin, le Gabon, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. Chaque pays détenait chacun environ 6,5% du capital et environ 30%était détenu par Air France (et oui déjà). Créer Air Afrique a surement été la meilleure idée que pouvait avoir les chefs d’états africains (d’ailleurs certains de ces hommes politiques sont toujours en service, chercher l’ereur). Une seule compagnie aérienne continentale, détenue par les états mais aussi par le personnel de la compagnie, c’était une idée géniale. Les bénéfices retombaient ainsi directement dans les caisses nationales et donc dans les économies nationales. De plus cette compagnie constituait le contre poids le plus efficace contre le monopole d’Air France dans la zone.


Malheureusement, on pourrait même dire comme d’habitude avec nos chefs d’état, une idée géniale et lumineuse s’est transformée en un grand n’importe quoi. Certes Air Afrique a subi de plein fouet la crise pétrolière du golf et la dévaluation du franc CFA, mais ces deux raisons certes majeures, ne doivent en aucun cas effacer la mauvaise gestion de la compagnie. Retards chroniques, une dette cumulée d’environ 500 millions d’euros, des saisies d’avion, des chefs d’état et autres dignitaires africains qui ne paient pas leurs billets d’avion, bref Air Afrique présentait tous les signes d’une entreprise en pleine crise économique. En tentant de sauver le fleuron « continental », les états membres/fondateurs ont décidé d’accepter le plan de reprise d’Air France qui prend donc les reines de la compagnie avant de totalement la faire disparaître.  Autant dire que l’on pouvait dire adieu à notre belle entreprise. Aujourd’hui nous sommes donc obligés, si nous souhaitons rentrer chez nous, de nous contenter des billets hors de prix d’Air France sans que cela ne gêne qui ce soit.


Courage mes frères, tant que la vache donne encore du lait, il n’y a aucune raison pour que l’on arrête de la traire, non ?

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