Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’une étape importante pour tous les étudiants étrangers en France qui souhaitent y travailler. (Article: Léonora Henry-Tropics Magazine France)


http://traditionofexcellence.files.wordpress.com/2010/12/black-college-student.jpg

 

Pour expliquer à ceux qui ne le savent pas, tous les étudiants étrangers, titulaires d’au moins un Master 2 d’une école ou d’une université française, peuvent bénéficier d’une première expérience dans une entreprise française. Pour le faire, les étudiants doivent trouver une entreprise prête à leur proposer un CDI mais également disposée à payer une « amende » à l’état pour l’embauche d’un étranger. Il s’agit en quelque sorte d’un « sponsoring » par une entreprise qui se porte ainsi garant de son employé. L’étudiant et son entreprise envoient donc un dossier, un très long et lourd dossier, au ministère afin que l’étudiant puisse obtenir une autorisation de travail sur le territoire. Il passe alors d’un statut étudiant à un statut salarié, c’est donc le fameux changement de statut. Il faut néanmoins rappeler que cette procédure n’est en rien exclusivement française car c’est le cas dans de nombreux pays.


Là où le bas blesse c’est que depuis le 31 mai 2011, Claude Guéant à travers une circulaire, a décidé de faire baisser les chiffres de l’immigration professionnelle en réduisant le nombre de changement de statut. Aujourd’hui même avec un CDI et en sortant des meilleures écoles de commerce françaises, une demande de changement de statut peut être rejetée sans aucune raison. Et ce ne sont les exemples qui manquent dans ce cas. Le plus marquant est celui d’un étudiant Marocain[1], diplômé de HEC (qui il faut le dire n’est pas une mauvaise école - ironique), a vu sa demande de changement de statut refusée alors qu’il avait un CDI. Sans parler de ceux qui ont fait une demande dans certaines préfectures (notamment à Paris et en région parisienne) et qui peuvent attendre jusqu’à six mois avant d’avoir une réponse.


Afin de manifester leur colère face à ce durcissement, les étudiants étrangers en France se sont organisés en collectif appelé le Collectif du 31 Mai. D’après les chiffres avancés par ce collectif, sur 35 000 diplômés étrangers hors Union européenne, environ 10.000 souhaiteraient une première expérience professionnelle en France. Que représentent donc 10 000 personnes au point que l’on puisse leur fermer toutes les portes à un emploi ? Personne ne me fera croire qu’une fois ces 10.000 étudiants expulsés, le chômage en France baissera de manière significative. A quelques mois de l’élection présidentielle française, une telle approche soulève d’ailleurs de nombreuses questions.


Les étudiants étrangers, les directeurs de grandes écoles sans compter les présidents d’université et même de grandes entreprises françaises telle que L’Oréal, font part de leur consternation face à cette circulaire. Ils s’inquiètent, à juste titre, de l’image que la France renvoie à l’étranger en l’appliquant. Ne risque t’elle pas de « dévaluer » l’attractivité de ces écoles et universités ? Quels étudiants viendront poursuivre leur scolarité en France en sachant qu’il leur sera très compliqué d’y travailler ? Avec la nouvelle circulaire du 31 mai, la France n’est elle pas tout simplement en train de porter atteinte au classement international de ces universités et grandes écoles ? La situation est devenue tellement problématique que cette circulaire sera prochaine débattue au Sénat. Pour quels résultats ?


Même si je suis moi même dans ce cas de figure (et que je difficilement ne pas prendre parti) je veux juste rappeler que la France a le droit de demander aux étudiants de rentrer dans leurs pays. Là ou je ne suis pas d’accord c’est sur la manière dont cela se fait. Après tout au nom de la « Mobilité internationale », ne peut on pas, si on le désire, travailler dans le pays de notre choix ? Si un étudiant étranger obtient un CDI et qu’une entreprise est prête à payer les frais inhérents à son embauche, pourquoi n’aurait-il pas le droit de travailler en France? L’argument de la « préférence nationale », cher à Marine Le Pen, est très souvent avancé pour répondre à cette question. Dans ce cas autant interdire carrément l’embauche d’étranger car si une entreprise française préfère embaucher des étrangers plutôt que des nationaux, n’en a pas t’elle le droit ? Une entreprise a pour objectif principal de faire du profit. Pour y parvenir elle embauche les personnes qu’elle juge capable de lui apporter la valeur ajoutée et donc de contribuer à accroitre son profit. Si cela passe par l’embauche d’un étranger où est le problème ?


Je me doute bien qu’il ne s’agit pas que de ça, que le problème n’est pas aussi simple et simpliste. Que la vraie question serait plutôt pourquoi ces étudiants préfèrent rester en France plutôt de que de rentrer chez eux ? Quelles sont donc les perspectives que leur offre leur pays d’origine ? Si perspective il y a.  Beaucoup d’étudiants africains ont le choix entre rester en France ou rentrer dans leur pays ou la corruption et le manque d’infrastructure ne leur offrira surement pas la possibilité de faire valoir leur diplôme à juste titre. Dans ce cas plutôt que de rentrer galérer dans leur pays et gagner des clopinettes, ils choisissent pour beaucoup de rester à l’étranger pour mieux survenir aux besoins de leur famille. Le problème viendrait plutôt de là, non ?

Retour à l'accueil