ANALYSE


Partira, partira pas ; c'est le jeu ambigu auquel se livre l'opposition guinéenne au lendemain des élections législatives, face à la lenteur de la CENI dans la compilation, la centralisation, et la proclamation des résultats. En effet, en suspendant, d'une part, sa participation aux comités techniques et à la compilation des résultats en raison des fraudes massives qu'elle dénonce et, d'autre part, en claquant la porte du dialogue, l'opposition guinéenne adopte une position ambivalente et équivoque.

http://fr.allafrica.com/download/pic/main/main/csiid/00260012:f10207765dfb707946ce31c3a1f5cdc7:arc495x324:w495:us1.jpgSi de prime abord, il est heureux de constater que la rupture n'est pas encore totale, ce qui laisse une lueur d'espoir, il convient néanmoins de fustiger cette attitude qui frise l'irresponsabilité et le clientélisme politique, car c'est à un véritable numéro de funambule qu' elle se livre, en jouant les équilibristes dans l'attente des résultats définitifs pour voir de quel côté penchera la balance. Si les résultats sont en sa faveur, elle ne manquera pas de discours laudateurs vis-à-vis de la CENI ; mais dans le cas contraire, elle poussera des cris d'orfraie avec le sempiternel appel à la rue qui est devenue son ultime recours.

Assurément, on assiste là aux législatives de tous les dangers en Guinée, tant l'atmosphère de suspicion est chargée d'électricité. Face à cette veillée d'armes de l'opposition et aux supputations qui laissent entrevoir une certaine avance du Rassemblement du peuple guinéen (RPG) d'Alpha Condé, sans toutefois que cela ne laisse apparaître, pour le moment, qui de l'opposition ou de la mouvance sera majoritaire à l'Assemblée, il faut que la communauté internationale s'implique davantage pour amener les protagonistes à mettre balle à terre, dans l'intérêt de la Guinée. A ce propos, il faut d'une part saluer la ténacité du facilitateur Djinnit qui est au four et au moulin dans ce dossier et, en même temps, dénoncer l'attitude de l'Union africaine et de la CEDEAO qui donnent l'impression de laisser le navire Guinée aller à vau- l'eau, dans une quasi-indifférence. Elles dont aucun ténor n'a donné de la voix jusque-là. Peut-être avaient-elles pensé que la transmission du flambeau par le général Sékouba Konaté marquait le retour définitif à la normalité dans ce pays.

De toute évidence, dans cet imbroglio guinéen, il y a aussi beaucoup de mauvaise foi. Mais, les acteurs politiques guinéens doivent comprendre, une fois pour toutes, que dans le « jeu » démocratique, comme au football, il y a toujours un gagnant et un perdant. Et il faut aussi être fair-play en sachant assumer sa victoire mais aussi sa défaite. Nulle part au monde, il n'y a et il n'y aura d'élections parfaites. Même dans les démocraties les plus avancées comme aux Etats-Unis, par exemple, on en est arrivé à des décomptes manuels pour départager Al- Gore et Bush lors de la présidentielle de 2000, mais on n'a pas jeté le bébé avec l'eau du bain en appelant à l'annulation complète des résultats comme c'est le cas actuellement en Guinée ! Qui financera le processus électoral s'il devait être repris ? Que veulent les opposants guinéens à la fin ? Et l'intérêt de la Guinée dans tout çà ?

Quelle que soit la défectuosité du déroulement du scrutin, il ne peut pas être mauvais sur toute la ligne. Il y a assurément des endroits où le scrutin a été bon, d'autres où il a été moins bon mais acceptable, et enfin d'autres où il a certainement été catastrophique. Que les leaders politiques guinéens fassent preuve d'un sens élevé de la responsabilité, en sachant faire la part des choses. Autrement, on serait porté à croire que les rancœurs de la présidentielle sont loin d'être crevées, et que Cellou Dalein Diallo n'a toujours pas digéré la victoire d'Alpha Condé. Aussi, n'est-il pas prêt à perdre ces législatives, toute chose qui serait, pour lui, la forfaiture de trop. D'un autre côté, Jean-Marie Doré et Lansana Kouyaté, qui avaient soutenu Alpha Condé lors de la présidentielle contre Dalein Diallo, se trouvent être aujourd'hui des figures de proue de l'opposition, aux côtés de ce même Dalein Diallo parce que leurs attentes ont été déçues suite à la mise en place du gouvernement.

Quoi qu'il en soit, en tirant trop sur la corde et en faisant dans la surenchère, ces trois poids lourds de l'opposition guinéenne qui se trouvent comme par hasard être tous d'anciens Premiers ministres (donc ayant déjà été aux affaires) donnent non seulement une image désastreuse de la Guinée à l'extérieur, mais aussi donnent le sentiment d'être de mauvais perdants.

Vraiment, pitié pour la Guinée !

 

Written by Le Pays.

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