A Goma, dans l'est de la RDC, les jeunes dénoncent violations de droits de l'homme commissent par les forces de l'ordre. Les policiers soupçonnent de manière aléatoire des personnes d'avoir des liens avec les rebelles du M23.


http://fr.allafrica.com/download/pic/main/main/csiid/00211921:dcebea334ce7823230974bf85994214e:arc614x376:w614:us1.jpg"Trois hommes sont venus chez moi. Ils m'ont montré leurs cartes en disant qu'ils étaient des policiers et qu'ils venaient m'arrêter parce que j'avais aidé le M23. " L'accusation a surpris ce jeune homme qui souhaite garder son anonymat et qui réfute tout lien avec le M23. Ce groupe rebelle positionné près des frontières rwandaise et ougandaise est né d'une mutinerie de soldats congolais. Il est accusé de crimes de guerre par des observateurs indépendants.


La liste est longue

Mais il semble qu'ils ne soient pas les seuls à enfreindre la loi. Les forces de l'ordre de la République Démocratique du Congo sont accusées par bon nombre de jeunes de la ville de Goma, chef lieu de la province du Nord-Kivu, de commettre des violations des droits de l'homme : arrestations arbitraires, détentions illégales, coups et blessures volontaires, tortures, la liste est longue. Les victimes se font accuser sans aucune preuve de collaborer avec les rebelles mutins du M23.

"Ils ont pris mon téléphone, tout ce qui était dans mes poches, mon portefeuille, ma carte d'électeur, l'argent et tout les documents que j'avais. Ils m'ont entraîné brutalement sur une cinquantaine des mètres et m'ont forcé à entrer dans une voiture. Plus tard, ils m'ont fait entrer quelque part en me disant qu'ils sont des PP, c'est-à-dire Police des Polices. J'ai été obligé de passer la nuit dans le cachot, dans des très mauvaises conditions : en singlet, en caleçon. C'était une torture. Et personne de chez moi n'était au courant."


Corrompre pour retrouver sa liberté

Au cours de la nuit passée dans cette cellule, les agents de la Police Nationale Congolaise contraignent le jeune homme de les payer, le menaçant de le jeter dans la prison centrale de la ville. "Ils m'ont dit : "écoute, nous allons t'aider. Demain, le chef va t'envoyer au niveau de la prison centrale de Goma. Accepte tout ce que nous allons te demander de faire pour le P.V (procès verbal). Et après, tu iras nous trouver de l'argent et on te libérera. "

Le jeune homme en a fait ainsi, il a ramené 150 dollars et ils luit ont dit : "Nous acceptons de te libérer". Mais ils m'ont mis en garde de ne pas aller voir d'autres instances policières pour porter plainte contre eux."


Accusé de voler des plans pour le M23

Une autre victime est un pousse-pousseur qui a été torturé par des militaires de la FARDC (Forces armées de la RDC) pour la même raison. Il raconte. "J'étais au niveau de l'aéroport de Goma, entrain d'attendre des clients, comme d'habitude. Tout à coup, 4 militaires sont venus me brutaliser et m'arrêter. Ils m'ont dit que je voulais voler les plans de l'aéroport pour les envoyer à mes chefs du M23, ce qui est faux. Ils m'ont emmené vers leurs tentes et ont commencé à me frapper partout. Ils utilisaient leurs ceintures, des cordelettes et tout ce qui leur tombait sous la main.

Le pousse-pousseur n'avait aucun argent sur lui, mais ses agresseurs ont fini par le libérer. "Comme je n'avais rien à leur donner, ils m'ont chassé dans la soirée et m'ont dit de ne dire à personne, raconte-t-il. Ils m'ont menacé de faire plus si j'allais me plaindre. J'avais peur que leurs chefs ne me croient pas et je suis rentré chez moi. Ma famille n'a rien compris de tout ça et m'a soigné chez à la maison, faute de moyens." Le temps de se remettre de ses blessures, le pousse-pousseur a du attendre un mois avant de pouvoir reprendre son activité.


Que les victimes dénoncent

L'inspection provinciale de la police du Nord Kivu déclare ne pas être au courant de tels agissements de la part des forces de l'ordre. Son porte-parole, le colonel Jean-Marie Malosa encourage les victimes à dénoncer ces membres indisciplinés en vue de sanctions exemplaires.

Pour renforcer le lien de proximité avec les civils, la police annonce de nouvelles dispositions qui prendront effet à partir de la semaine prochaine : "Si vraiment on constate qu'il y a peu de dénonciations de la part de la population, nous irons vers eux. Nous avons même proposé de déposer des boites à suggestions dans certains quartiers et dans des bureaux de grandes associations. Si la population a peur de venir chez nous, elle n'a qu'à glisser des informations dans ces boites. Avec les chefs de quartier, nous allons travailler et nous serons informés."

Les jeunes de Goma, victimes de ces exactions, auront ainsi l'occasion de briser le silence sur des nombreux cas de violations de droits de l'homme commis par les forces de l'ordre. Mais en attendant, ces derniers restent impunis.

 

Source: Radio Netherlands International

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