http://www.alainmabanckou.net/images/stories/livres/sanglot_homme_noir_maj.jpgJe suis en train de lire «Le sanglot de l’Homme Noir», un essai écrit par Alain Mabanckou et avant même de le terminer j’ai décidé de partager avec vous mes premières impressions. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Alain Mabanckou est un écrivain congolais qui a remporté le prix Renaudot pour son roman « Mémoires de porc-épic » en 2006 (que je vous recommande d’ailleurs). Je suis devenue fan de cet écrivain, non pas parce qu’il est congolais comme moi (même si un peu de chauvinisme ne tue pas) mais surtout parce qu’il y a quatre ans un ami m’avait offert « Mémoires de porc-épic » pour mon anniversaire et j’ai ADORÉ. Depuis j’ai lu « Verre cassé », « Black Bazar » et maintenant « Le sanglot de l’Homme Noir »avec le même enthousiasme.

Cet ouvrage m’a fait l’effet d’une claque car dès les premières lignes, je me suis prise en pleine figure certains raisonnements « clichés » que j’avais et que je reproduisais parce qu’il est toujours plus facile de reporter la faute de ses échecs sur les autres .N’est ce pas ?

Dans ce que j’appellerai la préface du livre, Alain Mabanckou dresse un portrait assez sévère sur les noirs en général et ceux d’Afrique en particulier. Selon ces dires, les noirs d’Afrique se trompent en accusant la France et donc l’occident de tous les péchés et les maux dont ils souffrent. J’ai l’impression qu’après l’esclavage physique que nous avons connu il y a des siècles, nous connaissons un certain esclavage « psychologique ». Cet « esclavage » nous pousse à toujours nous plaindre de l’oppression de l’homme blanc de nombreuses années après la fin de l’esclavage et près des décennies après la vague d’indépendance qui a secoué l’Afrique noire. Et cet état est maintenu par l’occident qui de son côté ressent une certaine culpabilité sur leur sombre passé. Je ne pousserai pas le vice jusqu’à dire que l’occident devrait être fière de ce qu’elle a accompli dans ses colonies et lors de l’esclavage, mais je me demande jusqu’à quand elle devra continuer à s’excuser et à se comporter de façon si condescendante avec les noirs ? Il serait peut-être temps que nous avancions, non ? Quand est ce que l’on jugera que les blancs se seront suffisamment excusés - pour tout le mal qu’ils nous ont fait - et que l’on se décidera enfin à construire nos pays qui continuent eux d’accuser des années de retard sur le reste du monde. Par moment je compare l’Afrique à un jeune sportif plein de talent à qui l’on prédit un avenir brillant mais qui à cause de choix pas toujours judicieux, passe à côté d’une brillante carrière. En effet par fois le talent à lui seul ne suffit pas pour progresser, le travail et l’acharnement oui. L’Europe, sans avoir nos ressources, a su avec brio et en s’appuyant sur ses forces, aller de l’avant et se développer. Certes leur expansion s’est effectuée en partie grâce aux noirs à travers l’esclavage et le pillage de nos terres, mais je suis persuadée que si les rôles avaient été inversés, nos ancêtres auraient fait les mêmes choix.

A force de vouloir créer à tout prix une « conscience noire universelle » à laquelle tous les Noirs du monde pourraients’identifiernous nous trompons de sujet. On ne peut pas demander à un noir antillais, sénégalais, américain et sud-africain par exemple d’avoir les mêmes rapports vis à vis de l’Histoire.Pour aller de l’avant et nous fédérer, l’on ne peut avancer comme unique lien notre couleur de peau. D’ailleurs n’y parvenons pas, nous nous contentons de pleurer sur un passé que nous fantasmons, espérant que l’histoire des noirs d’Afrique - et également des Etats-Unis - aurait été différente si les blancs n’avaient pas croisé notre route. Certes elle aurait été différente mais aurait-elle été meilleure pour autant ?

D’accord, les Noirs étaient là en premier et l’Afrique est le berceau de l’humanité et alors ? A quoi cela nous mène une fois que l’on a dit ça ? Allons nous continuellement vivre sur notre passé à en oublier de vivre nos vies et planifier notre avenir ?Comme le dit Frantz Fanon « N’ai-je donc pas sur cette terre autre chose à faire qu’à venger les Noirs du XVIIe siècle ? ». Quand allons arrêter de porter le fardeau de nos ancêtres comme si nous devions à tout prix, à travers nos faits et gestes, venger leurs mémoires ? L’objectif premier de ma vie et de notre entière existencese résumera t-il à cela, un rapport de force blanc VS noir ? Oui les noirs et les blancs se valent, cela a déjà été maintes fois prouvé donc maintenant circulez il n’y a plus rien à dire sur ce sujet. Aujourd’hui nous ne devons plus épiloguer là dessus mais plutôt chercher à apprendre à nos jeunes que la couleur de peau comme prétexte à l’immobilisme et au manque d’ambition n’a plus lieu d’être. Des injustices et des discriminations raciales il y en a et malheureusement il y en aura toujours, et c’est sur ça que nous devons nous époumoner J. Maintenant que les causes sont connues, attaquant nous aux remèdes pour soigner le mal.

Dans le premier chapitre du livre, il rapporte une discussion qu’il aurait eut avec un « frère noir » (c’est son expression pas la mienne) lors d’un de ses séjours à Paris. Cette discussion m’a beaucoup fait rire car elle regroupait tous les clichés que les noirs en France véhiculent et transmettent. Lors de cette discussion, ce « frère noir »critique de façon virulente le fait qu’il n’y ait pas de professeurs d’université noirs en France et que malheureusement ceux qui le sont, ne seraient que des sous-fifres et des vacataires. Vous rendez-vous compte de son raisonnement réducteur? Pour lui, si il n’y a pas de professeurs d’université noirs en France, ce serait simplement parce que les professeurs Français blancs (même les plus cons) leur seront toujours préférés. Est-ce vraiment le cas ? Peut-on réellement argumenter sur ce sujet avec des arguments aussi simples ? Quizz de la formation et de l’ambition, de l’accès à la formation dans les zones sensibles et oubliées par l’Etat ? Combien de noirs français souhaitent devenir professeurs d’université et quel est le pourcentage de ceux qui y arrivent ? Si il n’y a pas autant de professeurs noirs en France que nous le souhaitons, ne serait-ce pas parce que peu de noirs souhaitent le devenir et que ces métiers sont moins bling bling que de devenir footballeurs par exemple ? Ou alors serait-ce du à d’autre s choses ? Le débat est ouvert.

Ensuite toujours durant la dite conversation, Alain Mabanckou lui demande quelle profession il exerçait et son interlocuteur lui répond : « [...] aujourd’hui j’exerce le boulot que la France réserve à ses Nègres ». En lisant cette phrase, j’ai tout de suite deviné à quelle profession il faisait allusion et cela m’a arraché un sourire, est-ce grave docteur ? Et oui, ce cher monsieur était vigile ou du moins agent de sécurité. Je me suis donc posée cette question et que je suis sure beaucoup d’entre vous également : qui a déjà vu un agent de sécurité blanc (notamment dans les grandes surfaces et autres centres commerciaux) en France ? Pour ne rien vous cacher, j’ai fouillé au fin fond de ma mémoire et je n’ai pas trouvé une seule image d’un agent de sécurité blanc. Néanmoins ce n’est pas parce que je n’en ai jamais vu que cela signifie que les noirs ne sont bons qu’à ça en France. Ce cliché –parce que ça en est un et il est tenace – a t’il lieu d’exister ? Si la majorité des vigiles en France est noire (et encore je ne parle que de ceux que moi je vois dans ma vie parisienne) cela signifie t-il qu’ils le sont tous devenus par défaut parce que victime de racisme à l’embauche dans d’autres secteurs ? Vraiment ? Autour de moi, j’ai des ingénieurs en informatique, une pharmacienne, une responsable RH, etc, autant de métier qui sont très loin du secteur de la sécurité auquel l’interlocuteur de l’écrivain souhaite à tout prix nous acculé. Ne serions nous donc que des exceptions ? Sommes nous réduits à n’exercer que des métiers tels que vendeurs, techniciens de surface, caissiers, vigiles etc, et que seuls quelques privilégiés constitueraient une élite minoritaire ?

Je ne vous cache pas que je suis encore loin d’avoir fini mon livre, et je pense encore en avoir pour quelques heures car je ne me lasse pas de lire et de relire certains passages. Cet article aura donc une suite – ou des suites - dans laquelle je vous livrerai mon ressenti sur tout le livre et je vous dirai si j’ai continué à me prendre des claques J. Maintenant  vous savez ce qu’il vous reste à faire, courrez dans la librairie la plus proche et achetez-le, vous ne le regrettez pas, promis.

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