http://media.news.aufeminin.com/article-8368-ajust_440/francois-hollande.jpg2012, l’année de nombreux de changements politiques dans le monde : vingt pays vont changer de chef d'État ou de chef de gouvernement (Russie, USA, France entre autres), trois autres mettent aux voix des référendums qui peuvent modifier profondément leur constitution (Egypte, Iran, Corée du Sud, etc)[1]  sans compter la montée de partis fascistes voir néo-nazis en Europe, etc. Les Mayas avaient raison, d’une certaine façon cette année peut-être considérée comme celle de la fin du monde. Pas la fin du monde dans le sens apocalyptique mais plutôt dans la nouvelle manière, le nouveau virage idéologique post crise économique que le monde prend pour construire un autre monde. Cette crise est plus grave que celle de 1929, car même si les causes peuvent être similaires (bulle spéculative, crash boursier, etc), celle que nous vivons actuellement touche gravement tous les pays et dans une économie mondiale globalisée, nous allons assister à un vrai changement idéologique.

 

J’habite en France depuis 7 ans et je viens de vivre ma seconde élection présidentielle dans ce pays. J’ai connu la bataille Sarkozy/Royal avec le « Travailler plus pour gagner plus » maintenant et je viens de vivre celle de Hollande/Sarkozy avec « Le changement c’est maintenant ».  En 7 ans dans le pays des droits de l’Homme et des Lumières, j’ai réussi à me former une vision politique solide, loin du Congo où participer activement à la vie politique relève plus du mirage qu’autre chose. En effet dans certains pays africains et dans la plus part des dictatures, la politique n’est pas synonyme de bataille d’idées car il n’y en a en presque jamais du côté de nos dirigeants et encore moins du côté de leurs opposants. Qui peut citer des campagnes électorales africaines marquantes, et surtout ne me parlez pas du Sénégal – la campagne politique n’a pas été exempte de tous reproches. Comme souvent avec la politique en Afrique, nul besoin de débat entre les candidats présidentiels car la plus part sont des candidats ‘fantômes’ et encore moins de se déplacer pour voter car l’état le fait à votre place en bourrant sauvagement les urnes.

Ces deux élections précédemment citées, qui ont eut lieu dans des climats économiques différents (en 2007 la crise économique n’était pas un sujet majeur), m’ont donc permis de constater à quel point l’Afrique était très en retard démocratiquement en termes d’idée.

Cependant je tiens à apporter une précision, je ne parle pas des idées de chaque candidat mais plutôt de la forme et du symbole. Cette campagne sur le plan des idées n’a pas été transcendante, je dirai même qu’elle a été « pourrie ». La crise économique a ‘bridé’ les programmes économiques et sociaux des candidats les obligeants à se battre sur d’autres terrains tels que l’immigration, l’Europe, les « affaires » (DSK, Kadhafi), etc. Néanmoins le débat entre Nicolas Sarkozy et François Hollande lors de l’entre deux tour présidentiel a été un moment de démocratie. Peut-être pas le plus beau de la Vème République, mais assurément l’un des plus marquants. Face à face deux hommes que tout oppose : le style, la personnalité et même la rhétorique. Résultat des courses ? Nicolas Sarkozy n’a pas été le boxeur que nous attendions et François Hollande n’a pas été le flamby que l’on croyait. Ce débat a été un bel exemple d’exercice de style, de petites phrases acerbes mais surtout de chiffres. Les deux protagonistes connaissaient leurs sujets sur le bout des doigts et se sont lancés dans une bataille de chiffre qui pour le commun des mortels pouvait être indigeste, mais qui néanmoins démontrait leur professionnalisme. Je ne peux ainsi pas m’empêcher de comparer la classe politique européenne – constituée d’une élite qui a fait de la politique un métier – et les politiques africains – toujours ancrés dans un amateurisme consternant. Combien d’hommes politiques africains peuvent se targuer d’exceller dans ce domaine ? Combien de nos chefs d’état et hommes politiques sont de tels professionnels qu’ils maîtrisent tout aussi bien les enjeux nationaux ET internationaux auxquels le monde est et sera confronté ? Très peu me direz-vous et c’est bien là que le bat blesse. Nos hommes politiques sont encore des amateurs de la politique, pour qui être au pouvoir se résume à s’acheter de belles voitures, se construire des villas et entretenir des maîtresses. La démocratie est un idéal loin d’être romanesque.

 

Que l’Afrique ne se réjouisse pas trop vite, l’élection de François Hollande ne sera en rien synonyme de régulations massives et encore moins de hausse des  regroupements familiaux tels que certains l’espèrent. Il appliquera la même politique d’immigration que son prédécesseur – seul le style changera – en veillant à appliquer quelques ‘mesurettes’ de gauche pour rappeler sa famille politique sans pour autant que cela ne soit révolutionnaire. Avec la crise économique que vit l’Europe et le monde, la tendance sera plutôt au resserrement qu’à l’ouverture des frontières. Malheureusement on ne peut pas blâmer la France pour cela, tous les pays occidentaux ont durci leurs politiques d’immigration afin de privilégier leurs compatriotes.

De plus, l’élection de François Hollande ne changera surement pas les rapports entre la France et ses ex colonies africaines. La Franceafrique ne disparaîtra pas, comme elle n’a pas disparu lors du quinquennat sarkozyste. La France continuera à piloter la politique nationale de nombreux pays africains et recevra toujours ‘en retour’ des valises de billet. A quoi bon changer un système qui convient aux deux parties ? En sautant et en criant victoire lors de la défaite de Nicolas Sarkozy, beaucoup de gens pensent dire aurevoir à sa politique. Non, Nicolas Sarkozy s’en va, sa manière de faire de la politique aussi, mais le système reste. D’ailleurs la joie des habitants des africains a été la même lors de l’élection de Barack Obama, comme si ce dernier allait être leur sauveur. Il leur a prouvé qu’il n’était pas élu pour gouverner et se battre pour l’Afrique – il ne manquait plus que ça - mais pour les Etats Unis. De la même manière, Hollande est élu pour se battre pour les intérêts de la France et même si cela se fait au détriment des autres. Je ne suis pas en train de regretter le départ de Nicolas Sarkozy car si il m’avait séduite en 2007 avec son « Travailler plus pour gagner plus », il m’a ensuite ‘dégoûter’ en défendant l’indéfendable, en stigmatisant une certaine partie de la France et en indexant une religion. D’un autre côté je ne suis pas non plus une pro Hollande, loin de là. Je me reconnais dans sa vision sociale-démocrate mais je reste persuadée que son programme ne sera pas applicable en l’état, surtout si la crise perdure. Néanmoins, entre Hollande le modéré et Sarkozy le tumultueux, ma sympathie allait plutôt au premier.


Espérons que les français qui ont fait ce choix par les urnes ne le regretteront pas.


« La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité »

Albert Camus

 

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[1] http://www.lepoint.fr/html/atlas-des-elections/

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