http://2.bp.blogspot.com/_Pfndab6FKS0/SovO_8WhqOI/AAAAAAAAACE/RdhKWYFfPhU/S1600-R/sc00293ef7.jpgKamel Yahiaoui (né en 1966 ) à Alger, est un peintre et poète , vivant et travaillant à Paris depuis 1990.

Artiste algérien originaire d'Azefoun (Kabylie), Kamel Yahiaoui a grandi dans la casbah d'Alger.
Très tôt adepte de la poésie et de la chanson chaabi, ses prédispositions pour le dessin et la peinture prennent le dessus et l'orientent vers l'école des beaux-Arts d'Alger d'où il ressort avant la fin de son cursus en 1990. L'enseignement académique qu'il y reçoit et qu'il applique avec rigueur contrarie ses préoccupations profondes. Il finit par donner libre court à son imagination et libère définitivement son geste et ses moyens d'expression qu'il diversifie. Très vite il investit des supports révélateurs de sa personnalité engagée contre l'injustice sociale qu'il subit avec ses semblables des quartiers populaires d'Alger. Cet engagement, il l'affirme avec force dans ses premiers travaux, " La sueur des pauvres", sur les dockers qu'il rencontre au bain maure de Soustara où il lui arrive de passer la nuit pour faire face à la crise de logement qui sévit alors et qui touche encore aujourd'hui une grande partie de la population de la casbah.

Suite aux événements d'octobre 1988 où plus de 400 personnes ont trouvé la mort et où des centaines de jeunes sont arrêtés et torturés, il entame un travail contre la torture : "On torture les torturés" .
Il quitte alors l'Algérie en 1990 pour s'installer en France. Il obtient une bourse à l'école des Beaux Arts de Nantes où il consacre une année entière à son nouvel espace d'expression. Il évolue entre plusieurs approches plastiques et fusionne ses observations urgentes dans des objets cadavéreux qu'il réanime comme un chirurgien, traitant des sujets de l ' environnement social et de la morphologie des êtres demeurant .

La condition humaine
prend une place considérable dans son oeuvre. Il dénonce sans ambiguïté l'intégrisme qui sème la terreur en Algérie avec sa série " Tragédie sur scène". En 1990 après s'être installé  à Paris dans son atelier de la rue des Thermopyles (14ème arrondissement) et entame une longue quête sur la mémoire identitaire. Il se positionne comme artiste africain, soulignant : " Ce n'est que le nègre en moi qui s'exprime ". Commence alors le travail sur les valises, trois séries de valises se suivent dont deux reposent sur l'oeuvre littéraire de kateb Yacine : "Mohamed reprend ta valise", "la valise un toit ambulant" et plus  récemment "les ancêtres redoublent de férocité". kamel Yahiaoui dit à bon escient de la valise "je n'en finis pas avec la valise c'est mon domicile ". Il travaille avec acharnement sur des sujets graves. Plusieurs séries d'oeuvres s'enchaînent : « Spasmofolies », « Les chercheurs  du jour », « Le square des innocents », « L'homme manuscrit », « L'homme et son état », « Les enfants des Inti fadas », « La mémoire séquestrée », « Les enfants soldats ».


La mort de son père le conduit à l'affrontement plastique avec la mort : il réalise un travail "le linge du peuple" à partir des vêtements que portait son père avant sa mort. Il porte un regard critique sur les violences raciales et antisémites qu 'il dénonce énergiquement dans un travail mûrement réfléchi sur les déportations. Son hommage aux victimes de la Shoa déplaît aux négationnistes et aux intégristes de tous bords qui le condamnent violemment, l'incitant à renoncer à ce travail . Mais Kamel Yahiaoui ne se laisse pas intimider et persiste obstinément dans sa tâche." Il est vrai que je suis le premier artiste appartenant par éducation à la culture berbéro-arabo-musulmane à traiter de ce sujet ", déclare alors Kamel Yahiaoui qui précise : « Je lutte contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme, et contre tous ceux qui minimisent la dimension universelle des génocides et la non-reconnaissance de tous les crimes contre l’humanité ».

Incontestablement, face à l'oeuvre de Kamel Yahiaoui, la vie à un sens. Ses personnages témoignent contre les obscures dominations et manifestent de la résistance. Kamel Yahiaoui ne fait aucune concession dès lors que la dignité humaine est en jeu. Il vit dans son art et il invite généreusement les spectateurs à y entrer et partager avec lui ses émotions, ses indignations. Il déclare : « Le jour où j'arrêterai de peindre, il faudra préparer mon cercueil. »
Il écrit aussi des poèmes, une pratique qu'il tient de sa famille où la poésie de tradition orale a toujours été à l'honneur. Plusieurs poètes ont inspiré ses oeuvres. « El Meknassia », une cassida écrite par Sidi Kaddour El'Alami et chanté par El Hadj El-Anka, l 'a marqué à un tel point qu 'il lui consacre une installation audiovisuelle. Il dit à son propos : « Quand j'écoute cette plainte, mon âme s'enflamme de mille feux ». Il  expose ses oeuvres à travers le monde, au-delà des frontières. Ses oeuvres figurent dans des musées et dans plusieurs collections prestigieuses d'art contemporain.

http://timkardhit.hautetfort.com/images/medium_YAHIAOU-Kamel_festin-des-diaboliques.jpg

Oeuvres


L'exposition "Rideau d'interrogation" que réalise Kamel Yahiaoui en février 2006 au Centre Culturel Algérien de Paris provoque une polémique. Kamel Yahiaoui y dénonce en effet "trois grandes déportations : celle des Africains par les négriers, celle des Algériens en Nouvelle-Calédonie et en Guyane après la révolte de 1871, et celle des Juifs durant la seconde guerre mondiale" (Harry Bellet, dans Le Monde", 3 mars 2006). La série "Déportation, l'extincteur de dignité" est ainsi peinte sur des jerrycans d'essence datant de 1943 et 1945. L'évocation de la "Shoah" suscite la colère d'une partie de la presse algérienne. "Il est vrai que je suis le premier artiste appartenant par éducation à la culture berbéro-arabo-musulmane à traiter de ce sujet", déclare alors Kamel Yahiaoui qui précise : "Je lutte contre toutes les formes de racisme, d’antisémitisme, et contre tous ceux qui minimisent la dimension universelle des génocides et la non-reconnaissance de tous les crimes contre l’humanité".

Poèmes

Chers amis


J’ai écrit ce poème en rentrant chez moi le soir du vernissage.
J’ai été très affecté par la réaction archaïque de certains
négationnistes vernis de haine qui continuent de se manifester,
tous les jours de l’exposition, parce que le mot déportation est
devenu tout à coup, un poignard voilé de déni, je cultive l’histoire
comme un antiseptique contre les violences contemporaines,
l’espoir naissant au coin de l’œil qui veille sur les souffrants des
guerres, qui donc pourrait me dicter la non reconnaissance
du crime, sans que je réagisse avec la force de mes humanités et
parce que je suis Algérien, je devrais me conduire avec loyauté
envers la cause palestinienne me dit-on.
Ne sachant ni mon salam, ni mon shalom."



.
.

«Aux Infidèles de la Paix »

Je suis tout prêt de la source
j’apporte la soif dans mes veines
si sèches qu’elles éclatent en sanglots

ne dites pas que je suis d’ailleurs
parmi vous mon ombre sautille
vous n’y voyez que de la brume

je viens opérer le mutisme
bavant sur vos bouches
le mot liberté vous est lourd

combien de temps encore
vous tairez-vous devant l’ennemi
ce voile noir ensorcelé

je n’entends pas capituler
face à l’abîme contagieux
poursuivant vos mémoires jusqu’à l’oubli

avec mes pinceaux debout
je constate des tumeurs blindées
qui ne manquent pas de creuser des tombes

vous avez brisé le miroir
l’histoire gémit des reflets
éclairant même les amnésiques

le trône que vous occupez
rougit de colère contre le feu
qui vous brûle le cri de l’eau

vous ne manquez pas d’énergie
pour étreindre les cendres
pour éteindre les morts

je suis né sombre de dignité
et je ne cesserai de lutter
contre les extincteurs de dignité

Kamel Yahiaoui

Retour à l'accueil