Au Sénégal oriental, à 700 km à l'extrême sud-est de Dakar, le taux de prévalence du VIH inquiète les ONG et le corps médical. Dans cette région aurifère, la prostitution est très développée. Au village de Diabougou, l'or est malédiction et bénédiction à la fois. (Article: Bineta Diagne)

 

"Souvent, j'utilise des préservatifs et mes amies aussi", assure-t-elle. Par crainte de contracter une maladie sexuellement transmissible. Et surtout, c'est une "question de principe", souligne-t-elle. Oumy loue une chambre à 5.000 FCFA non loin du brouhaha des motos et des machines utilisées par les travailleurs des mines pour broyer les pierres contenant de l'or.

 

Trafic humain

 

La nuit, on retrouve aussi des mineures, adossées le long d'un mur, en face d'un bar très fréquenté du village. Lampe torche à la main, elles scandent : "1.000F ! 1.000F ! 1.000F !" Et les clients ne tardent pas à affluer. Dans une gargote jouxtant ce lieu hautement fréquenté des prostituées et de leurs clients, Mamy, une Sénégalaise, voit d'un mauvais oeil ce type d'activité: "Pendant les fêtes, elles crient : « Promotion ! Promotion ! » et offrent la « passe » à 500 FCFA", peste-t-elle.

Inquiétudes

"La région de Kédougou est frontalière avec la Guinée, la Gambie et le Mali : il y a beaucoup de mouvements de population, pour des raisons économiques et conflictuelles, donc les jeunes sont exposés et vulnérables, ils sont en contact fréquent avec les travailleuses du sexe. Il y a aussi beaucoup de rapports non protégés, de prostitution clandestine", déplore Ismaïla Ndiaye, assistant social au poste de santé de Kédougou et responsable du point focal VIH/Sida.

 

Manque d'éducation

Les médecins ont bien du mal à sensibiliser sur la maladie. "Trop souvent, dans les zones aurifères, les prostituées ne sont pas des pro : elles ne comprennent pas la protection, elles sont analphabètes", constate Binetou Damfara, une responsable d'Amnesty International qui lutte contre les violences faites aux femmes. "Même s'il y a des distributions de préservatifs, poursuit-elle, elles sont exposées. Dans ces zones le sida se développe rapidement."

L'autre difficulté est d'ordre culturel : "On essaye de mettre en place tout un battage médiatique pour faire comprendre à la population que le sida existe, ici ils y croient difficilement", explique le responsable de l'antenne du Comité national de lutte contre le Sida à Kédougou, Gaston Pierre Coly. "Dans les milieux aurifères, poursuit-il, il y a une croyance qui dit que si tu as des rapports sexuels avec une femme tu auras plus de chance de trouver de l'or".

Quant à Oumy, elle était étudiante en Arts et en Culture. Ce fut il y a longtemps, chez elle au Nigeria, quand la vie était encore insouciante. Depuis, elle fait quotidiennement le trottoir, dans l'espoir de pouvoir un jour racheter sa vie. "A ce jour, soupire-t-elle, je dois encore payer 230.000 FCFA pour récupérer mes papiers." Et au prochain passant elle crie : "1.000F ! 1.000F ! 1.000F ! "...

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