L'Eglise catholique dit «non» à la révision de la Constitution en RDC

Fidèles à leur message de juin 2014 par lequel ils appelaient le peuple congolais à se mobiliser pour « protéger la nation », les évêques réunis au sein de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) - 63 au total dont un cardinal, des archevêques et évêques - ont, à partir du Saint siège à Rome, rejeté toute forme de révision de la Constitution.

Déterminés à aller jusqu'au bout, ils promettent de multiplier des appels au travers l'ensemble du réseau catholique pour barrer la route à tout projet qui va dans ce sens. Décidément, le cercle des non révisionnistes s'élargit davantage et met en mal la Majorité présidentielle qui a juré d'y parvenir pour mieux négocier le virage de 2016.

Réconfortés par le Saint-Père dans leur ministère pastoral à être « des hommes d'espérance » pour le peuple et à apporter leur contribution pour « l'avenir heureux de notre nation », les évêques ont promis de ne pas trahir leur engagement. « Aux tombeaux des apôtres Pierre et Paul, rappellent-ils, qui ont témoigné du Christ jusqu'au martyre », ils ont renouvelé leur « engagement d'être les témoins de la foi qu'ils nous ont transmise », soulignant avoir confié au Seigneur « l'avenir de notre pays ».

Et, cet avenir, croient-ils, se négocie actuellement, pendant que se développe dans le pays un grand débat autour de la révision de la Constitution. Sur ce point précis, les évêques n'y vont pas par le dos de la cuillère. Leur sentence est sans appel. « Pour nous, soulignent-ils, l'avenir heureux de la RD Congo réside incontestablement dans le respect de la Constitution, Loi fondamentale et socle de notre jeune démocratie ». Selon eux, le rejet de toute forme de révision de la Constitution est sans équivoque. Bien plus, « ce n'est plus un secret pour personne », disent-ils.

Crevant l'abcès, les évêques réaffirment clairement leur opposition « à toute modification de l'article 220, article verrouillé de notre constitution qui stipule que « La forme républicaine de l'Etat, le principe du suffrage universel, la forme représentative du gouvernement, le nombre et la durée des mandats du président de la République, l'indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l'objet d'aucune révision constitutionnelle ».

Si dans certains cercles politiques et juridiques, l'on affirme que toute Constitution prévoie les mécanismes de sa révision, les évêques pensent le contraire. « En affirmant cela, la CENCO n'ignore pas que toute constitution est modifiable, mais elle rappelle que l'article 220 a été verrouillé par le Constituant lui-même, justement pour échapper à cette modification ». Et de renchérir : « Cet article pose les bases de la stabilité du pays et l'équilibre des pouvoirs dans les institutions. Le modifier serait faire marche en arrière sur le chemin de la construction de notre démocratie et compromettre gravement l'avenir harmonieux de la Nation ».

Ainsi, leur voix se joint à celle du président du Sénat qui, à l'occasion de la rentrée parlementaire le 15 septembre dernier, déclarait ce qui suit : « Les dispositions intangibles de la Constitution -je pense à l'article 220 et à tous ceux auxquels il renvoie- constituent le pivot, le socle, l'armature de toute l'architecture constitutionnelle ».

Léon Kengo wa Dondo s'est aussi demandé comment on peut modifier ces articles sans détruire par ce fait même tout l'édifice constitutionnel construit dans la peine. Et d'ajouter qu'il ne faudrait pas tirer prétexte de la révision pour aboutir à un changement de Constitution. En outre, il a même mis en garde contre la menace qui pèse sur la cohésion nationale et la paix sociale.

Craignant eux aussi que le pays ne bascule dans le chaos, les évêques rappellent qu'« après toutes les guerres et tribulations connues en RD Congo, nous sommes persuadés que les citoyens et les hommes politiques qui aiment vraiment ce pays autant que nous tous, éviteront d'engager la Nation dans une voie sans issue ».

Prête à se lancer dans la grande bataille pour faire triompher ses idéaux, la CENCO demande « au regard de cet enjeu de taille, à tous les curés et catéchistes de lire à l'attention (les fidèles, son message + Protégeons notre Nation + et de sensibiliser les chrétiens dans les CEV, les Mouvements (l'Action catholique, et contre toute tentative de modification de l'article 220 ». Elle annonce par ailleurs qu' « on organisera également dans toutes les paroisses, communautés sacerdotales et religieuses, un Triduum de prière, (du 17 au 1 9 octobre, Journée de la mission universelle), pour que le Seigneur protège notre pays et son peuple ».

Par ailleurs, se désolidarisant d'une certaine manière de la CENI, la CENCO précise qu'« en lien avec ces directives et sans rien récuser de notre collaboration avec nos frères d'autres Confessions religieuses, nous suspendons notre participation au Comité d'intégrité et de médiation électorale (CIME) ». Elle note toutefois qu'elle reste « en communion de prière » avec eux et par la Commission «Justice et Paix » en vue d'apporter sa « contribution pour la réussite du processus électoral dans le respect, souligne-t-elle, de la Constitution ».

Source: Le Potentiel.

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