«L'Afrique au quotidien», des clichés pour sortir des clichés

Diffuser des photos de la « vie normale » en Afrique pour sortir des clichés sombres du continent : voilà l'objectif du projet « Everyday Africa » - « L'Afrique au quotidien ». De plus en plus, Internet est le support d'initiatives visant à changer le regard sur l'Afrique et les Africains. Tour d'horizon de quelques-unes d'entre elles.

Un jeune Ougandais penché sur ses fiches de révision, des pêcheurs ivoiriens au coucher du soleil, ou encore de jeunes femmes congolaises apprêtées pour sortir : l'initiative « Afrique au quotidien » montre des clichés sans clichés du continent africain et ses habitants.

L'origine du projet ? En 2012, deux photojournalistes américains, Peter Di Campo et Austin Merril, réalisent un reportage sur la situation post-conflit en Côte d'Ivoire. Ils prennent des photos du quotidien avec leur smartphone. L'idée germe alors : regrouper des photographes du continent pour battre en brèche l'image d'Africains « trop souvent montrés comme les personnages d'un drame », explique Peter Di Campo.

100 000 abonnés

Le support de cette idée est tout trouvé : le réseau social Instagram, qui permet de mettre des clichés en ligne très simplement. Aujourd'hui, ils sont 18 photographes africains à publier régulièrement des photos ; leur compte Instagram compte déjà 100 000 abonnés.

Andrew Esiebo est un journaliste professionnel nigérian. Depuis un an, il a posté plus de 460 photos sur le compte Instagram « Afrique au quotidien ». Une occasion de sortir des sentiers battus médiatiques. « C'est une bonne opportunité de raconter des histoires qui ne seront sûrement pas publiées. Raconter de simples histoires, en montrant, par exemple, des gens s'amusant dans les rues de Lagos. C'est l'idée de cette initiative, qui permet d'éviter les grands médias. »

« Il pensait que nous n'avions pas de centre commercial »

L'initiative permet-elle effectivement de changer le regard des gens sur l'Afrique ? Oui, répond Andrew Esiebo. « Un jour, j'ai envoyé des photos de gens dans un centre commercial. Quelqu'un m'a demandé s'il y avait d'autres centres commerciaux en Afrique. Je lui ai répondu : " Bien sûr, il y en a plein ! " Cette personne pensait que nous n'avions aucun centre commercial au Nigeria ou en Afrique. Cela permet d'ouvrir l'esprit des gens. »

Le projet est devenu un petit phénomène planétaire, copié au-delà de l'Afrique : sur Instagram, les expressions-clés « Europe au quotidien » (#Everydayeurope) ou « Moyen-Orient au quotidien » (#EverydayMiddleEast) connaissent désormais, eux aussi, un grand succès.

L'Afrique veut être un continent « normal »

« EverydayAfrica » n'est pas le premier projet visant à « normaliser » l'image du continent auprès des publics occidentaux. De 2008 à 2010, un autre photographe, Joan Bardeletti, a sillonné le continent avec cette question : qui sont les classes moyennes africaines ? Cette catégorie de population, constituée ni de très pauvres, ni de très riches, représentera dans vingt ans « un milliard de personnes des pays en développement, soit un habitant sur six sur la planète », explique le photographe.

La classe moyenne africaine, Bardeletti - qui s'est associé pour le projet à une équipe de chercheurs français et africains - la montre dans ses photographies, au travers de portraits de cadres suivant des formations à Douala, ou de jeunes mariés mozambicains. Autant d'images loin des clichés d'extrême pauvreté ou du faste train de vie de dirigeants captant la rente pétrolière.

Fact-checking

Casser les clichés sur l'Afrique, c'est aussi le rôle que se sont fixés deux sites internet : « Africa is a Country » et « Africa Check » (en anglais). Le premier donne le ton d'emblée : « Ceci n'est pas un blog sur la famine, Bono ou Barack Obama », avertissent ses auteurs, qui ont volontairement pris pour titre un cliché commun : « Africa is a country » - « L'Afrique est un pays ». Dans un post récent, ses auteurs pointaient le manque d'originalité des couvertures de livres portant sur le continent. C'est précisément ce qu'ils tâchent de ne pas faire, traitant eux-mêmes de sujets originaux, dans le domaine culturel notamment.

Dernier exemple, enfin, de cette volonté de débusquer les inexactitudes et les « faux bon sens » concernant l'Afrique : le site Africa Check. Ici, pas question de jouer sur l'humour ou l'ironie ; ses contributeurs, dans la tradition du journalisme anglo-saxon, s'adonnent à du très sérieux fact-checking, la vérification de faits. Ils ont ainsi épinglé les médias persistant à présenter l'Afrique du Sud ou la RDC comme « capitales mondiales du viol ». Autant de projets réservés pour l'heure au public anglophone, mais qui pourraient donner des idées au monde du web africain francophone.

Source : Radio France Internationale

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